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Épisode 10: Parlons de l'AccessHabilité!

Vidéo: Maayan Ziv

Rencontrez Maayan Ziv, une résidente de Toronto ayant un handicap, qui a développé une application « Access Now », qui utilise le « crowdsourcing » pour collecter et partager les endroits accessibles aux quatre coins du monde, donnant aux personnes à mobilité réduite, la liberté de trouver les moyens de faire ce qu’elles veulent. Note : Cette vidéo contient un langage profane.

*  Vidéo disponible en anglais avec sous-titres en français.

Obstacles liés à la conception des services : Bâtir une fonction publique plus inclusive​

Julianna Rowsell

Julianna Rowsell

Responsable des Services de l'inclusion et de l'accessibilité au Service numérique canadien
& enseignante associée de l'Acedémie du numérique de l'EFPC

Bonjour! Je m’appelle Julianna. J’aide le Service numérique canadien à créer des services accessibles et inclusifs pour les Canadiens. J’ai aussi une maladie auto-immune qui affecte ma capacité à faire certaines choses. Le fait d’avoir une maladie chronique change ma façon d’interagir avec le monde qui m’entoure. C’est mon histoire et j’espère qu’elle vous aidera à ne pas faire de suppositions sur l’accessibilité, mais plutôt à les remettre en question.

Je parle franchement. Je défends l’accessibilité et repousse les limites dans ce domaine. Si nous, dans la fonction publique, ne faisons pas pression, rien ne peut changer. Nous avons besoin de plus d’éducation au gouvernement sur les obstacles qui existent en incluant les personnes handicapées tout au long de la découverte, de la conception, de l’élaboration et de la prestation d’un produit ou d’un service.

Tout au long de ma vie, j’ai été exposée à de nombreux types d’incapacité, de blessure et de déficience temporaire. Par exemple, mon père a perdu la plupart de ses doigts lors d’un accident lorsque j’étais adolescente. Je l’ai vu passer des années à apprendre à continuer à être un charpentier extraordinaire avec juste son petit doigt et son pouce. Les blessures peuvent surgir de nulle part et changer complètement notre façon de faire les choses et d’interagir avec le monde qui nous entoure.

J’ai fait face à des obstacles en raison de ma maladie auto-immune. Cela m’a aidée à façonner mon point de vue sur l’accessibilité, parce que j’ai une propre expérience vécue. J’utilise rarement une souris, et quand je le fais, j’utilise une souris ergonomique verticale pour causer le moins de tension possible sur mes articulations. Pour naviguer et interagir en ligne, j’utilise un clavier et la reconnaissance vocale. Lorsqu’un service n’est pas accessible à l’aide de ces technologies, il peut être difficile d’accomplir des tâches. Par exemple, si je dois choisir des dates sur un calendrier, je pourrais être capable d’accéder au calendrier, mais ne pas pouvoir passer d’une date à l’autre pour sélectionner la date dont j’ai besoin si l’outil n’a pas été élaboré en pensant à l’accessibilité. Ces expériences sont le moteur de ma passion pour l’amélioration de l’accessibilité.

Mes expériences m’ont appris à ne pas faire de suppositions sur la façon dont les gens utilisent les services. Chaque personne utilise sa propre approche pour mieux répondre à ses besoins. Il n’y a pas d’utilisateurs moyens ou « normaux ».

J’ai appris que l’accessibilité est plus qu’un simple exercice de conformité effectué en cochant une case. Nous devons mener des recherches auprès des utilisateurs, effectuer des tests d’utilisabilité auprès des personnes handicapées et réunir des experts en la matière afin de créer des services plus inclusifs.

Au Service numérique canadien (SNC), nous concevons les produits et services en fonction de l’accessibilité tôt et souvent. Récemment, nous avons accueilli un groupe de fonctionnaires handicapés pour sensibiliser nos équipes multidisciplinaires (développeurs, concepteurs, communications, gestionnaires de produits et responsables des politiques).

Notre groupe comprenait des personnes ayant des déficiences motrices, visuelles, auditives, neurodiverses et invisibles. Leurs commentaires, leurs points de vue et les discussions sur les obstacles et les défis auxquels ils font face en utilisant les services gouvernementaux ont été d’une importance cruciale pour notre travail. L’un des membres du groupe a fait ce commentaire inattendu : « Mon appareil auditif est compatible Bluetooth, mais pas mon téléphone de travail. » – Angele d’EDSC. Notre intention est de diffuser cette recherche à l’ensemble de la communauté gouvernementale.

Je poursuis cette recherche à l’Académie numérique de l’École de la fonction publique du Canada à titre de chercheuse en accessibilité et conception inclusive. J’utiliserai des méthodes mixtes pour recueillir les histoires des gens au moyen d’entrevues, de conversations animées et d’études de cas. Je vais de l’avant avec les participants handicapés qui veulent participer à la discussion et prendre part à ce processus. Nous voulions mieux comprendre les obstacles auxquels se heurtent les personnes ayant des besoins divers relatifs à la conception des services. Avoir des conversations avec des personnes handicapées est une excellente façon de commencer à comprendre leurs expériences et peut éclairer la conception, l’élaboration et la prestation des produits et des services.

Ce que vous pouvez faire
Voici quelques étapes et processus que vous pouvez suivre pour aider à créer des services plus inclusifs et accessibles.

Faire de la recherche
Les conversations avec des personnes handicapées peuvent susciter des commentaires inattendus. Faire de la recherche sur la conception avec des personnes handicapées aide à définir l’espace du problème et permet de mieux comprendre les besoins des utilisateurs. Cela améliore également l’expérience humaine des services numériques et sert à éclairer tous les aspects de la conception, de la mise au point et de la prestation.

Co-créer
La co-création mène à des services meilleurs et plus inclusifs, qui soutiennent directement les personnes handicapées. Elle assure une approche globale de l’accessibilité et de l’inclusion et intègre un sentiment d’appartenance qui va au-delà de la simple participation aux activités, aux événements et aux espaces de travail.

Sensibiliser
En renforçant les capacités des équipes de prestation et en sensibilisant les gens aux principes d’accessibilité et d’inclusion, nous créons un environnement plus inclusif pour tous. La façon dont nous travaillons ensemble, interagissons et communiquons est essentielle à la création d’environnements inclusifs qui encouragent la participation et le sentiment d’appartenance des personnes handicapées.

Si vous êtes un fonctionnaire handicapé et que vous souhaitez participer à de la recherche visant à bâtir une fonction publique plus inclusive, veuillez communiquer avec Julie-Ann.Rowsell@tbs-sct.gc.ca.

Vidéo: Luna Bengio

Apprenez en plus sur les nouvelles stratégies du gouvernement du Canada et sur le projet de loi C-81, pour nettement accroître l’accessibilité et favoriser l’inclusion partout au Canada. Luna Bengio, Conseillère principale à la Sous-Ministre
au Bureau de l’accessibilité de la fonction publique (SCT), elle-même une personne aveugle, résume ces nouvelles initiatives.

Luna Bengio, Bureau de l’accessibilité, Secrétariat du Conseil du Trésor : Le but principal de notre bureau, c’est d’élaborer une stratégie d’accessibilité pour la fonction publique. C’est dans le cadre du projet de loi C81, qui est le projet de loi pour un Canada accessible, qui est, en ce moment, de retour à la Chambre des communes pour ce qui, je l’espère, sera une dernière lecture avant son adoption.

Les organisations qui seront assujetties à cette loi sont tous les organismes réglementés par le fédéral, c’est-à-dire non seulement le gouvernement, mais aussi des industries telles que les banques, les télécommunications et les transports, comme les compagnies de transport, comme Air Canada ou VIA Rail, etc. Donc, ça a quand même une portée assez importante, mais non seulement ça, le projet de loi requiert que chaque organisation ait un plan pluriannuel d’accessibilité. Non seulement un plan, mais des mécanismes de rétroaction, c’est-à-dire qu’ils doivent engager des personnes handicapées dans la mise en œuvre et d’abord l’élaboration, mais ensuite la mise en œuvre de ces plans d’accessibilité, et ils doivent faire rapport de leurs progrès, ces organisations doivent faire rapport de leurs progrès. La loi aussi prévoit des amendes en cas de non-conformité. Ça donne quand même une certaine portée. Mais en plus, et pour revenir à votre question précédente, le gouvernement a fait de l’accessibilité une priorité et veut montrer l’exemple. Donc, avant de dire aux autres organisations : « Devenez accessibles ou faites du travail au niveau de l’accessibilité », le gouvernement a décidé de vraiment faire quelque chose au niveau de la fonction publique, et c’est l’objectif de la stratégie.

L’un de nos grands objectifs est de créer une culture qui pense « accessibilité » au début; qui fait de l’accessibilité un des critères aussi importants que le besoin de protéger les renseignements personnels ou la sécurité des systèmes, etc.

Au niveau du gouvernement, en ce moment, la seule norme, c’est WCAG 2.0, qui est plutôt vieille, plutôt de base, qui ne garantit aucunement l’accessibilité du contenu numérique, quand on pense à tous les différents besoins au niveau de l’accessibilité, parce que différentes clientèles ont différents besoins. Quelqu’un qui ne voit pas a besoin de certaines normes, certaines conventions. Quelqu’un qui peut voir, mais qui a besoin de grossissement de caractères, par exemple, a besoin d’autres choses : les couleurs, les contrastes. Par contre, les gens qui ont des difficultés d’apprentissage de nos jours, la technologie peut faire d’énormes … peut être très très très utile, si elle est accessible, si on leur permet vraiment d’avoir accès aux contenus.

Mais là, où on voit, on a vu des progrès, c’est aussi beaucoup auprès des grandes entreprises privées. Microsoft, pour n’en citer qu’une, mais vous pouvez penser aux autres entreprises de la même taille qui ont compris qu’il y a une part de marché à laquelle elles pouvaient avoir accès, et qui ont compris qu’il y a une source de talents pour leur main‑d’œuvre à laquelle ils n’avaient pas pensé avant.

Comme Bureau d’accessibilité, on a certainement des projets concrets qu’on veut voir mettre en place d’ici les prochains mois. Entre autres, on travaille actuellement à la création de ce qu’on appelle un passeport de l’employé. Finalement, le passeport permettrait à chaque employé qui a des besoins d’adaptation de les expliquer une fois et de ne pas avoir à répéter ou à justifier, surtout, à justifier à chaque fois, par exemple, qu’il ou elle change de poste ou à chaque fois qu’il ou elle change de gestionnaire et il faut tout réexpliquer. Le passeport, ça permettrait de faciliter les conversations. C’est concret. Ça l’air très simple, mais c’est souvent ce qui rend la situation difficile. Par exemple, si un employé reçoit une adaptation quelconque, que ce soit un nouveau clavier adapté ou un logiciel ou quoi que ce soit, et que, quand il change de ministère, il faut toujours tout recommencer, expliquer ce dont il a besoin, mais ça devient difficile, ça devient stressant. On n’est pas toujours sûr de recevoir un « oui » au bout de la conversation. Alors, le passeport, c’est quelque chose de vraiment bon.

Moi, j’utilise ce qu’on appelle un lecteur d’écran. Finalement, c’est un logiciel qui lit ce qui est sur mon ordinateur. Mon logiciel est très bon, c’est le meilleur qui est sur le marché et qui s’est beaucoup amélioré au cours des années, mais j’ai toujours des obstacles d’incompatibilité, parce qu’il va y avoir des sites Web qui ne sont pas bien programmés. Et donc, je ne vais pas pouvoir, par exemple, lire ce qui est sur la page. S’il s’agit, par exemple, de remplir des formulaires ou quoi que ce soit, ça ne va pas être compatible, puis je ne vais pas y arriver. Mon logiciel est très bon, mais l’environnement n’est pas conçu pour être compatible avec ce genre de technologie. Donc, c’est là où finalement les obstacles arrivent et il faut faire beaucoup beaucoup de sensibilisation. Puis je dois dire que, quand je n’étais pas dans le domaine de l’accessibilité, donc il n’y a pas très longtemps, ça prenait quand même une énorme partie de mon temps. Alors que j’avais un poste avec beaucoup de responsabilités, où j’étais super occupée, mais il fallait que je passe beaucoup de temps à régler ces problèmes ou alors ça me ralentit énormément, puis ça me rendait beaucoup moins productive. Donc, au fond, j’avais des outils, mais je n’étais pas aussi productive que je l’aurais voulu, parce que j’avais des problèmes d’incompatibilité.

Mieux vaut faire un pas en avant et pas attendre qu’on puisse parcourir toute la distance, finalement.

Intervieweuse : Est-ce que le pas en avant pourrait être la loi C81, par exemple?

Luna : Définitivement. Ça, c’est un énorme pas en avant parce que, qu’on le veuille ou pas, nos sociétés sont régies par des lois, et les lois, ça compte. Par contre, cest pas toute la solution, mais c’est certainement ce qui crée des conditions favorables.

Intervieweuse : Merci.    

Luna : Merci.  

Déboulonner les mythes sur l’accessibilité!

Faux! Saviez-vous que 50 % de la population souffrent d’une incapacité? C’est pourtant le cas, si l’on prend en compte les « incapacités invisibles » comme le daltonisme, les troubles cognitifs et mentaux et les affections liées à la douleur chronique et à l’âge, telles les déficiences visuelles, auditives et cognitives. Vous devez aussi garder à l’esprit que la plupart des gens seront aux prises avec une incapacité temporaire au moins une fois dans leur vie en raison d’une maladie ou d’une blessure. En concevant votre site Web, votre produit ou votre service en pensant à l’accessibilité et à l’inclusion, vous rejoignez un public beaucoup plus vaste. Par exemple, les bateaux de trottoir sont surtout destinés aux personnes en fauteuil roulant, mais sont utiles à plusieurs autres usagers : cyclistes, parents avec poussette, personnel de livraison, etc. De fait, les portes automatiques, les rampes d’accès, les symboles universels sont autant d’éléments que nous utilisons tous les jours, qui nous facilitent la vie et que nous apprécions. Il ne faut pas seulement penser à la cécité et à la surdité – la conception accessible, c’est beaucoup plus large que ça!

Faux! Les WCAG 2.0 sont des normes d’accessibilité au Web composées de trois niveaux successifs (A, AA, AAA), chaque niveau rendant la page plus accessible à plus de personnes dans plus de situations. Or, même si vous respectez les trois niveaux, il se trouvera encore des gens qui ne seront pas en mesure d’utiliser la page et d’autres qui le pourront, mais seulement pour certaines tâches. Vous devez aller au-delà de ces normes en effectuant des tests et en recueillant les commentaires d’utilisateurs ayant différentes incapacités.

Faux! Toute votre équipe de conception et de développement a la responsabilité de rendre le contenu numérique accessible. Le contenu est-il facile à naviguer? L’information est-elle présentée et formulée d’une façon qui est facile à comprendre? Est-elle présentée dans plus d’un format? Déjà dans les premières discussions, vous pouvez inclure vos développeurs et concepteurs, mais aussi des collaborateurs ayant une incapacité ou des experts en accessibilité pour que tous participent à la conception, en pensant à l’accessibilité dès le départ.

Faux! Ce qui demande le plus de temps et d’argent, c’est d’apporter des modifications et des corrections à la fin d’un projet. En réalité, si vous pensez à l’accessibilité dès le début, votre service coûtera moins cher et inclura une plus grande portion de la population. De plus, les tests et les sondages ne coûtent presque rien. Vous pouvez les destiner à des utilisateurs qui ont une incapacité autant à d’autres qui n’en ont pas. Cela pourrait déjà être un bon point de départ. Ne pensez pas tant aux incapacités qu’à l’universalité. Une conception universelle est centrée sur l’humain. La conception inclusive des espaces et des produits profite à tout le monde, peu importe l’âge et la condition physique et mentale.

Faux! On a tendance à penser que les personnes handicapées ne sont pas capables d’accomplir certaines tâches. Pourtant, quand on leur donne la chance, elles se montrent souvent toutes aussi capables et autosuffisantes que les autres utilisateurs : elles doivent seulement emprunter un autre chemin ou employer une autre méthode. L’incapacité oblige en général les personnes à trouver des solutions de rechange dans les situations qui leur posent problème. C’est pourquoi présenter le contenu dans divers formats constitue une pratique exemplaire. En offrant des choix à vos utilisateurs, vous leur permettez d’utiliser un service de la façon qui convient le mieux à leurs besoins.

Écoutez des témoignages

Écouter de vraies histoires de vrais fonctionnaires.

Jenny Ferris

Jenny Ferris

Agente libre, Solutions en milieu de travail,
Services publics et Approvisionnement Canada

Interviewer : Jenny, vous êtes aveugle.

Jenny Ferris : En effet, je suis complètement aveugle.

L’un des plus grands obstacles à ma productivité et à mon efficacité, ce sont les technologies gouvernementales. Dans ma vie personnelle, j’utilise beaucoup la technologie pour m’aider à réussir dans la société. Notamment grâce aux applications d’orientation comme Google Maps, Apple Maps. J’utilise des logiciels commerciaux dans ma vie personnelle, comme Windows, la suite logicielle Microsoft Office et Google Chrome, que je me procure directement en magasin. Tandis que le travail dans l’environnement gouvernemental… on l’a adapté pour qu’il soit sécuritaire, je suppose et, bien souvent, ça compromet ma capacité d’interagir avec l’application gouvernementale.

Parfois, les normes de sécurité font obstacle à Jaws ou à la voix hors champ, qui est l’équivalent de Mac, l’équivalent d’Apple pour un lecteur d’écran. Nous n’utilisons pas de système d’exploitation Windows standard. C’est une version destinée au gouvernement du Canada, alors on y a retiré certaines fonctionnalités. On a ajouté d’autres fonctionnalités et légèrement modifié une fonctionnalité. Donc, à cause de ces modifications et de ces retraits, de ces éliminations ou de ces ajouts, ma capacité d’interagir avec le logiciel de façon complètement indépendante et autonome est devenue un problème. C’est ça qui est difficile.

Et, en partie parce que je suis aveugle, j’ai besoin de cohérence et d’uniformité entre les plates-formes ou entre mon ordinateur de travail et mon ordinateur personnel. Si je sais comment mon ordinateur personnel doit fonctionner avec Windows, j’ai les mêmes attentes envers mon ordinateur de travail.

Un des principaux obstacles qui se dressent devant moi, c’est que les applications du gouvernement ne sont pas compatibles avec la voix hors champ.

Interviewer : Pouvez-vous donner quelques exemples de ces outils?

Jenny : Oh, mon Dieu. Vous savez, j’ai vraiment… J’ai beaucoup de mal à utiliser GCconnex. J’ai du mal à utiliser GCcollab et certains des autres outils « GC ». Mais ce n’est pas facile d’y naviguer. Et, en tant qu’agente libre, je suis tenue d’aller sur GCpédia et de mettre à jour mon profil, c’est-à-dire l’endroit où je travaille. En fait, que je ne peux tout simplement pas être autonome, travailler de façon indépendante, et c’est un domaine sur lequel le gouvernement devra se pencher.

Nous devons aider les gens à être plus autonomes, pour qu’ils deviennent de meilleurs citoyens. En tant que citoyenne canadienne, je m’attends à pouvoir accéder aux services gouvernementaux de la même façon que j’aurais accès aux services privés, de l’industrie privée.

Il y a autre chose qui est vraiment bien aujourd’hui, qui est disponible dans le secteur privé, mais qui est encore assez cher pour l’utilisateur moyen : ça s’appelle, je crois, Eyes Remote Access ou quelque chose comme ça (Remarque : https://aira.io/). Je porte des lunettes de réalité virtuelle et, dans les lunettes, il y a une caméra. Donc, quand je tourne la tête, l’agent auquel je me suis connectée à l’aide d’une application sur mon téléphone peut voir ce que je vois à travers mes lunettes. L’agent fournit une rétroaction sur l’environnement. L’accès à un service comme AIRA me permet de me connecter à un agent à distance et de lui demander de l’aide quand j’en ai besoin et en toute autonomie. L’agent me donne des directives comme : « OK, marchez 200 mètres. Oui. Continuez. Il y a une allée devant vous. Tournez à droite pour prendre l’allée.»

Interviewer : C’est pour trouver votre chemin et décrire l’endroit? Et n’importe qui peut l’utiliser, n’importe où?

Jenny: Oui. Voilà les différences que je connais, et c’est là que le gouvernement du Canada peut apprendre du secteur privé. Le secteur privé est très doué pour détecter les problèmes d’un environnement et élaborer des logiciels pour les résoudre. Ce qu’ils font, aussi, c’est qu’ils font tester les utilisateurs et qu’ils en font une expérience utilisateur afin d’élaborer un logiciel ou une application selon leurs recommandations, plutôt que de se demander « à quoi doit servir notre financement? ». De plus, voici ce qui est vraiment bien mais qui manque, au Canada : aux États-Unis, par exemple, il y a la loi « Americans With Disabilities Act » et l’accessibilité fait vraiment partie intégrante de cette loi. Je ne sais pas ce qui arrive avec la Loi canadienne sur l’accessibilité, qui doit passer en troisième lecture à la Chambre, je ne sais pas quand, mais…

Interviewer : C81

Jenny : Oui, le projet de loi C81. Quoi qu’il en soit, je ne sais pas dans quelle mesure l’accessibilité des logiciels du quotidien est intégrée en soi dans cette loi. Alors qu’il s’agit d’une affaire relative aux droits de la personne aux États-Unis. S’il y a des aveugles qui ne peuvent pas accéder à un logiciel disponible et ouvert à l’usage de toutes les personnes voyantes aux États-Unis… Si le logiciel ne répond pas à ces normes d’accessibilité, il y a des conséquences juridiques à cela et les gens ont le droit de porter l’affaire devant les tribunaux et de dire : « Hé. Vous m’en avez empêché. Vous m’avez exclu de cette expérience ». Et ils ont une cause à défendre. Les entreprises ont tellement de temps pour rendre leur logiciel accessible et elles doivent aussi travailler avec cette communauté pour s’assurer qu’il est accessible.

Interviewer : Nous terminerons là-dessus, et c’est vrai, cette fois-ci, je me demande simplement comment nous pourrions faire vivre aux gens l’expérience des personnes handicapées. Est-ce que c’est possible pour nous? Pourriez-vous suggérer quelque chose que nous pourrions faire… peut-être fermer les yeux et utiliser Jaws pour voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas? Ou un autre lecteur d’écran que nous pourrions essayer facilement?

Jenny : La seule chose que je recommanderais vraiment, c’est de déployer des testeurs au Programme d’AATIA. Ils devraient avoir des testeurs. Parce que ce sont eux qui vivent cette expérience jour après jour. Ils savent naviguer à l’aide d’un lecteur d’écran. Parce que quelqu’un qui est voyant et qui irait installer le logiciel de lecture d’écran sur son ordinateur ne saurait même pas comment s’en servir. Et la tentation d’ouvrir les yeux et de regarder l’information à l’écran serait bien trop grande.

Interviewer : C’est donc ça que nous devrions faire…

Jenny : Oui. Enlevez l’écran. Ou utilisez simplement vos haut-parleurs.

Interviewer : Merci beaucoup!

Jenny : Aucun problème. Au plaisir.

Interviewer : Jenny Ferris. C’était vraiment bien. Et Victoria [chien-guide] a été très silencieuse et très gentille, sous la table. Merci infiniment.

Angèle Charlebois

Angèle Charlebois

Analyste d’affaires, Accessibilité TI
Emploi et Développement social Canada

Angèle Charlebois : Mon handicap, c’est la perte d’ouïe. Je suis presque sourde; mon plus grand défi, c’est les conversations au téléphone et la participation à des réunions. Pouvoir capter toute l’information qui est partagé lors des réunions, c’est un gros défi pour moi. Donc, j’aimerais vraiment voir un système de télécommunication qui est beaucoup plus inclusif. Par exemple : on a Skype, mais je peux juste envoyer des messages Skype à mes collègues ici EDSC. Je ne peux pas envoyer un message Skype à quelqu’un qui travaille à SPAC.

Intervieweur : Quelles seraient les mesures qu’on pourrait mettre en place assez rapidement au gouvernement ― parce qu’il nous en reste beaucoup à mettre en place pour faciliter l’inclusion?

Angèle : Le gouvernement est en train de se préparer à embaucher 5000 employés, 5000 personnes avec des handicaps. Donc, c’est super important qu’on puisse se préparer à les embaucher et à les garder, parce que l’accessibilité c’est souvent un défi. Quand on travaille dans ce domaine, ce n’est pas un sujet qui est attrayant, parce qu’on demande plus de travail. Quand on créé un document Word, il faut toujours se mettre en tête : « Utilisez vos en-têtes et les styles dans Microsoft Word. » Microsoft a beaucoup amélioré son accessibilité, simplement en offrant l’option « Check Accessibility » (Vérifier l’accessibilité). C’est un très bon outil. J’encourage toutes les personnes qui sont en train d’écouter d’essayer l’option « Vérifier l’accessibilité » sur Microsoft.

Intervieweur : Où est-situé l’option « Vérifier l’accessibilité»?

Angèle : Si vous faites une recherche Google pour « Microsoft Accessibility Checker » [Microsoft Vérificateur d’accessibilité], vous allez voir plein d’information. Mais quand vous avez un document Word ouvert, vous cliquez sur [l’onglet « Révision »]. Ouais, il y a un outil qui va apparaître; ça s’appelle « Vérifier l’accessibilité ». Ça va te dire exactement ce qui n’est pas accessible dans ton document. Ça va te montrer pourquoi, puis ça va te montrer comment le réparer. Un des défis qu’on a ici, à RHDCC, avec la nouvelle loi qui va [entrer en vigueur c’est] : comment encourage-t-on les personnes à créer du contenu accessible? Ici, à « IT Accessibility » (Accessibilité des TI), on a beaucoup de gens qui viennent nous voir : « Eh! Peux-tu vérifier si mon document est accessible?» On a beaucoup de ces demandes, mais on n’a pas assez de ressources pour éduquer tous les gens sur l’accessibilité.

Intervieweur Es-tu confiante qu’on va y arriver?

Angèle : Oui, je suis confiante. Ça va être pénible, mais je suis confiante.

Intervieweur! Pourquoi pénible?

Angèle : Pénible parce que, on a beaucoup de personnes qui doivent être éduquées. Puis encore, c’est l’effet du goulot. Il y ’a tellement de demandes! Il y a tellement de gens qui ne sont pas assez éduqués… Puis, on n’a pas assez d’experts. Donc, c’est cette partie qui va être un défi. Par exemple : ici à Accessibilité des TI, dans l’équipe de Christine Laughler, on a créé un cours qui s’appelle « Accessibilité 101 ». On va le mettre en ligne pour tous nos employés. C’est la première étape. L’accessibilité va permettre l’inclusion, mais on a aussi l’équipe du Programme d’accessibilité, d’adaptation et de technologie informatique adaptée de Services partagés Canada. Ils offrent de la formation pour tous les ministères aussi. C’est un changement de culture qu’on demande. Et les changements de culture, ça prend des années. Ça ne va pas arriver du jour au lendemain. Quand quelqu’un créé des sites Web, quand quelqu’un créé des programmes; incluez les standards, les normes sur l’accessibilité, pas seulement sur les sites Web, mais sur les processus aussi. Parce que si on s’attend à ce que les personnes avec des handicaps performent de la même façon qu’une personne sans handicap, eh bien offrez-leur les outils nécessaires pour pouvoir performer au même niveau que leurs collègues sans handicap. Sans l’accessibilité, il n’y a pas d’inclusion.

Intervieweur Merci.

Angèle : De rien.

Les essais de l’accessibilité Web – une affaire personnelle

Tom Camps

Tom Camps

Entrepreneur en résidence, Académie du numérique de l'EFPC

Depuis des semaines, l’équipe de Trajetsenbus.ca  travaille d’arrache-pied sur la présentation et le contenu Web, et le tout est enfin prêt. Le temps est venu d’appuyer sur le bouton « PUBLIER ». Voilà! Hourrah!

« Avez-vous procédé à un examen de l’accessibilité? » Cette question ne saurait gâcher ma bonne humeur puisque nous avons bel et bien fait ce type d’examen dès le départ lorsque nous avons créé notre modèle. D’ailleurs, l’équipe prend TOUJOURS soin d’insérer du texte de remplacement pour les images. De plus, TOUTES les vidéos sont assorties de sous-titres codés.

Oh que oui! Je me bombe le torse, je savoure cette victoire et je suis pas mal fier de mon coup!

Vous vous doutez bien que l’histoire ne s’arrête pas là.

Apparemment, on ne peut pas faire un seul essai, ou faire des essais avec un seul outil. Si vous en parlez aux experts du domaine, ils vous diront qu’il est préférable d’utiliser une TROUSSE d’outils (consultez la section « Ressources supplémentaires »). Chaque outil a des forces distinctes et permet de tester différents éléments. Si vous n’écoutez pas leurs conseils, les experts le voient comme une attaque personnelle, et ils seront plus qu’heureux de vous MONTRER en quoi vous n’avez pas satisfait aux exigences en matière d’accessibilité. Oooooh… que j’avais en main une liste d’erreurs tristement longue. J’ai bien compris le message!

C’est alors que j’ai rencontré Jen Ferris (écoutez l’entrevue réalisée avec elle). Pour elle, l’accessibilité est un enjeu bien personnel, et ce l’est aussi pour Victoria, son chien-guide. Jen m’a fait remarquer que l’ajout de sous-titres codés ne l’aide en rien puisqu’elle doit écouter deux voix superposées, c’est‑à‑dire la voix de la narration et la voix du logiciel de lecture à l’écran. Oups. Jen nous a demandé d’ajouter un fichier de transcription distinct aux vidéos. Bien sûr Jen, nous le ferons!  

Il s’avère qu’il y a des champions de l’accessibilité et de l’inclusion partout dans la fonction publique. Par exemple, il y a Julianna Rowsell du SNC (lisez son billet de blogue) qui, elle aussi, fait de l’accessibilité une affaire personnelle. Elle voit la technologie dans sa fonction humaine et se demande qui ne sera pas en mesure d’en tirer parti. Croyez-moi, Julianna peut vous rabaisser le caquet en moins deux. Saviez-vous que 50 % des Canadiens ont une forme ou une autre d’invalidité? Julianna, elle, sait que bien des invalidités sont invisibles. Moi aussi je le sais maintenant.

Nous créons nos applications et nos sites Web pour interagir avec nos utilisateurs, nos clients et avec les citoyens. Nous pouvons nous bomber le torse, travailler avec arrogance et passer à côté de la moitié de notre public cible. Ou bien nous pouvons donner la priorité aux essais de l’accessibilité et l’adaptation au moyen d’outils et de processus qui sont facilement à notre portée.

Une dernière chose : Consultez vos utilisateurs! Car soit ils adopteront pleinement vos applications, soit ils les laisseront de côté.

Notre travail n’est pas complet tant que nous ne faisons pas de l’accessibilité une affaire personnelle. 

Pour en apprendre davantage sur l'accessibilité

Consultez les ressources sur l'accessibilité ci-dessous.

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